Le club
Plusieurs décennies d’histoire(s)
L’histoire de l’AS Fontonne (ASF) a démarré en 1958. Mais il a fallu attendre dix ans de plus pour assister à la création d’une section hockey au sein de ce club omnisports. Cette discipline fait son arrivée sous l’impulsion d’un Belge, Paul Verburgh. Celui-ci souhaite poursuivre une activité qu’il pratiquait dans son pays, avant de débarquer sur la Côte d’Azur. Il reçoit rapidement le soutien de nombreux Pieds-noirs installés dans le quartier.
Jacques Grima, déjà à l’origine de l’essor de la section tennis de l’ASF, vient prêter main forte aux “pionniers” du hockey. Un an après sa fondation, l’AS Fontonne hockey organise son premier tournoi à 11. L’affiche (toujours visible au sein du club house) met en avant le nom de plusieurs formations internationales venues en découdre pendant trois jours, du 5 au 7 avril 1969. Les Hollandais de Tilburg les Allemands de Stuttgart, les Belges de Bruxelles, les Suisses de Genève, les Italiens de Bra, Turin et Gênes affrontent le CASG Paris, Lyon, une entente départementale et Antibes.
Petit à petit, le club prend ses marques, tout en restant relativement modeste. ”Quand j’ai débuté en 1976, nous étions une petite trentaine de licenciés”, se remémore l’actuel président de l’ASF, Patrick Chini. “Nous jouions sur de la terre battue, à l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le terrain 2 au parc des sports Léger.” Dans les années 70, plusieurs jeunes rejoindront le club. La femme de Jacques Grima, qui exerce comme professeur au collège de La Fontonne, fait entrer l’activité dans l’établissement, ouvrant de nouvelles perspectives à l’ASF. Le tournoi de Pâques, qui commence à jouir d’une certaine attractivité, voit sa croissance perturbée par le premier choc pétrolier, en 1973. Les équipes étrangères disposent de moins de ressources pour se déplacer, le tournoi se disputera désormais à 7.
Jeu de mains…
Dans le département, l’équipe senior de l’AS Fontonne a déjà plusieurs rivaux. Le COR Cannes, premier club né dans les Alpes-Maritimes, fait partie de ceux-ci. Une association voit le jour à Nice, quelques années après Antibes. Au tournant des 8o’s, des clubs aujourd’hui disparus comme Grasse, Vallauris et même Tourettes-sur-Loup se mêlent aux débats. Sur des terrains cabossés, les confrontations sont rudes. D’autant plus que les règles étaient radicalement différentes de celles en vigueur actuellement. Patrick Chini, mais également d’autres joueurs (à l’instar de Dominique Ciais, plus ancien licencié du club) qui ont connu cette époque épique s’en souviennent bien.
Gardiens sans casque, crosses rudimentaires : sans doute la préhistoire du hockey pour les jeunes adhérents qui parcourent ces lignes. Ils sont sans doute loin d’imaginer de quelle manière se déroulait une rencontre de leur sport fétiche… “Il y avait beaucoup de différences avec ce que l’on connaît aujourd’hui. On devait par exemple respecter la règle du hors-jeu : il fallait qu’il y ait au moins deux défenseurs entre l’attaquant et le but pour pouvoir faire une passe. Le penalty était également différent, il s’agissait d’un un-contre-un lancé entre le gardien et l’attaquant”, précise Patrick Chini. Pour être un hockeyeur complet, il fallait savoir maîtriser sa crosse… mais aussi ses mains. Avec ses cinq doigts, on pouvait en effet freiner la course d’une balle dans les airs (à l’aide de sa paume), faire un blocage sur un petit corner offensif ou encore effectuer les touches (des pointillés délimitaient un couloir de cinq mètres dans lequel l’adversaire n’avait pas le droit d’intervenir).
Esprit familial et bonnes performances
Les “Diables noirs” poursuivent leurs efforts pour populariser un sport qui reste toujours à la marge et suscite la curiosité des visiteurs de passage. Une équipe féminine voit ensuite le jour au sein de l’AS Fontonne. Comme leurs homologues masculins, les filles ne vont pas tarder à obtenir des résultats satisfaisants, d’abord sur la scène régionale puis au niveau national. Avec leurs maillots noir et blanc (les couleurs arborées par l’ASF durant de longues années), les Antibois se font une place dans le petit monde du hockey. Après les joueurs originaires d’Afrique du Nord, le club profite de l’arrivée de plusieurs éléments originaires du Portugal, qui ne quitteront plus jamais l’association (notamment la famille Dos Anjos, avec Luis, Fernando, Elisabeth, Carlos…). Les titres commencent à arriver : les seniors hommes et dames remportent le championnat de France Nationale 2.
Au début des années 90, les effectifs augmentent, surtout chez les jeunes. A la présidence, Christian Lefevbre puis Gerard Scheefer calent le club sur de bons rails. Les parties se déroulent désormais sur un terrain synthétique sablé, ce qui améliore nettement les conditions de jeu. En revanche, l’ASF hockey ne dispose pas encore de son “chez-soi”. Le long du stade, des baraques hors d’âge font usage de local pour entreposer le matériel et abriter les adversaires. “Quand j’y repense, j’ai un peu honte. Parfois, nous recevions des équipes assez huppées et nous n’avions pas d’autre endroit à leur proposer pour les accueillir”, glisse Patrick Chini.
Le sérieux de l’association et les résultats sportifs intéressants (les hommes évoluent durant plusieurs saisons en N1 et les filles s’offrent même un passage en Elite après leur titre de championnes de France N1B) vont permettre de faire évoluer la situation. Peu avant le passage à l’an 2000, l’ASF bénéficie de la construction d’un club house, un vrai. Durant trois années consécutives, ces structures seront utilisées pour l’organisation des championnats de France interligues cadets. Après le départ de Gérard Scheefer, Winnie Rinck puis Jacky Gomis prennent les commandes de l’association.
Le tournoi de Pâques, rebaptisé “Challenge Alain-Cinquin” pour rendre hommage à un joueur de l’équipe première disparu trop vite, fait toujours partie des événéments incontournables à Antibes (il connaîtra ainsi sa vingtième édition en 2012). “C’est quelque chose de fort, il y a des amitiés qui se sont créées au fil du temps. Certains joueurs que l’on a connu lorsque nous étions jeunes envoient leurs enfants disputer l’épreuve aujourd’hui”, assure Patrick Chini.
Malgré des périodes fastes, l’ASF a toujours conservé le même état d’esprit, en mettant un point d’honneur à former des générations entières de joueurs. “Nous n’avons jamais cherché à récupérer beaucoup d’éléments dans les autres clubs pour avancer plus vite, ce n’est pas notre philosophie”, poursuit l’actuel président de l’AS Fontonne.
Des joueurs de premier plan formés au club
Manque d’ambition ? Certains pourraient le croire si l’on omettait certains “faits d’armes” à mettre à l’actif des Diables noirs. En dépit de la difficulté d’exister dans une France du hockey centralisée, où les clubs parisiens et nordistes font la pluie et le beau temps, plusieurs Antibois ont réussi à grapiller une place dans les équipes nationales jeunes et seniors. Chez les filles, Valérie Faque, Anne Guérin furent les premières à montrer le chemin. D’autres, formées au club ou ayant porté le maillot antibois, leur succèderont. Ce fut le cas de Sophie Llobet (recordwoman des sélections en Bleu), Christelle Lafaury ou encore Stéphanie Gomis. Aujourd’hui, Adèle Caillière, récemment appelée en équipe de France des moins de 18 ans.
Chez les garçons, Fernando Anjos fut intégré au Bataillon de Joinville et Christophe Decastelli a porté le maillot de l’équipe de France militaire. D’autres, comme Eric Lefevbre ou Fréderic Quimper, ont eu l’occasion de porter le maillot frappé du coq ou de participer à différents stages. Une aventure qu’a également connue Aymeric Bergamo, plusieurs fois sacré champion de France Elite avec Montrouge après avoir longtemps porté le maillot de l’ASF.
Aujourd’hui, l’AS Fontonne a également des raisons de se passionner pour le parcours des Tricolores, en course pour une qualification aux JO de Londres, puisque le onze bleu-blanc-rouge est emmené par un capitaine formé à Antibes. A 24 ans, le libero François Scheefer a déjà dépassé la barre des cent sélections et évolue cette saison dans l’une des meilleures formations du championnat belge, Louvain.
Plusieurs “locaux” sont également partis défendre les couleurs de Nice en Elite (Fréderic Quimper, Samir Birrou, Pierre Michel et Yoann Contant).
Et demain ?
Pas question de jouer les oracles et d’annoncer de quoi sera fait l’avenir de l’ASF Antibes. Mais avec plus de 150 licenciés en 2010-2011, l’association a atteint le plus grand nombre d’adhérents de son histoire. Grand pourvoyeur d’éléments pour les sélections régionales, le club espère voir éclore une nouvelle génération talentueuse. Chez les jeunes, plusieurs titres lui ont offert de bonnes raisons d’y croire. En 2009, les benjamins ont été sacrés champions de France en salle. L’année suivante, les minimes ont atteint la finale nationale. Et d’autres performances d’envergure pourraient rapidement suivre…